mardi 28 juillet 2015

28/07/2015 - Montée au camp 3 5800m

Ce matin, la cordée formée par un secouriste et un salarié d'Ak-Sai travel plie boutique. Après avoir appelé en radio le camp ils descendent. Voila qui ne présage rien de bon. Ils nous conseillent de monter ou de descendre mais de ne pas rester au camp 2, de gros cumuls de précipitations sont attendus et le camp 2 n'est pas à l'abris d'une grosse coulée. 
Nous prenons la décision de monter, les espagnols et russes présents font de même. Nous partirons les premiers, à nous la trace dans les 15cm de fraîche tombés entre hier et la nuit. Comme avant-hier Max prend le lead et je clos la marche.

Temps maussade pour la montée
A mi-course nous inversons les rôles. Je marche environ une heure en tête jusqu'à effectuer une pause. A ce moment nous laissons passer les russes et les espagnols qui ont profité des traces pour nous rattraper. La suite est plus cool, nous profitons à notre tour des traces. Comme à l'arrivée au camp 2 cela se termine par un raidillon mais la forme est meilleure et nous arrivons tranquillement au camp 3 en quatre heures de marche environ. Nous avons donc fait du 125m/h, c'est extrêmement faible à la vue de mon expérience alpine, et pourtant j'ai bien senti que nous étions presque à bloc, on aurais surement pu pousser à 150m/h mais certainement pas au-delà. La haute altitude c'est vraiment un autre monde. Quoi qu'il en soit je pulvérise à nouveau mon record d'altitude, nous sommes à 5800m.

Petite pause
Le camp 3 visible en haut, il est sous le col, à "l'abri" d'un énorme sérac

L'enfilade de tentes au camp 3

Comme lors de la monté au camp 2 je ne suis pas au top dans l'après midi mais un repas et un cacheton de Dolliprane me remettent d'aplomb.

L'après-midi est tantôt neigeuse tantôt dégagée.

Belle vue sur le KT et son arête terminale, si loin si proche

De l'autre coté la vallée

Et ici le Petka qui surplombe le camp
Dans la nuit nous comprenons rapidement que le lieu d'implantation du camp 3 est complètement stupide, le vent transporte énormément de neige et même s'il n'en tombe finalement pas énormément du ciel le cumul sur la tente est impressionnant. Nous passerons une nuit assez difficile à sortir par deux fois pelleter pour préserver la tente et maintenir l'espace vital. En effet, avec la charge de neige les parois s'affaissent et la longueur réduit notablement, il s'en suit que les duvets touchent aux pieds prenant ainsi l'humidité.

lundi 27 juillet 2015

27/07/2015 - Repos au camp 2 5300m

Après la montée de la veille nous avons rapidement conclu que nous avions tapé dans la machine et qu'une journée de repos/acclimatation était plus que nécessaire. La météo est mitigée mais nous passerons une bonne partie de la journée dehors tout de même. Max a retrouvé la forme ce midi, tout le monde est plutôt bien.
Le sommet, bouché
Dans la matinée plusieurs cordée sont arrivées, deux locaux - un guide et un sauveteur-, deux russes et deux espagnols avec qui nous sympathiserons.
Qu'à cela ne tienne, on casse la croûte !
Lors du déjeuner le soleil est de sortie et il fait aussitôt très chaud. Un des locaux sors de la tente avec un accoutrement fabuleux, il porte une combi intégrale en polaire sans avoir enfilé le haut - il est donc plus ou moins torse nue avec un bas de pyjama -  un masque de ski et une paire de grosses ! Nous n'avons pas osé la photo mais cela valait le détour !
Cela se débouche ponctuellement

Le commandant Cousteau guette la météo ;)

Temps maussade pour conclure le dîner
Bilan des courses, après un après-midi de la veille assez dur niveau altitude, la journée de repos a permis de bien recharger les batteries, aucun symptôme de mal des montagnes, on continue !
Pour ma part ce camp représente la plus haute altitude jamais atteinte je suis donc plutôt rassuré quant à ma capacité à aller en haute altitude.



dimanche 26 juillet 2015

26/07/2015 - Montée au camp 2 5300m

Le réveil sonne à 3h comme prévu. En sortant de la tente une cordée est déjà au départ. Nous partirons vers 4h30, peut être un peu tard. Dans la pénombre nous errons quelque peu au départ, pas évident de prendre pied sur la zone en neige qui a l'air bien accueillante de loin.
Max à pris le lead, Henri est au milieu et je ferme la marche. Le rythme est bon et régulier, on adapte bien la vitesse de progression à la pente.
Quelques crevasses monumentales ornent l'itinéraire, certaines équipées de cordes fixes. Étant encordés elles ne nous sont d'aucune utilité, nous croisons cependant quelques personnes à la descente toutes non-encordées. Au passage d'une crevasse certains tiennent la corde fixe à la main (!), autant pisser dans un violon en cas de chute mais bon, chacun voit midi à sa porte.

Nous effectuons notre première pause vers 7h, nous avons bien bourriné jusque là, nous sommes dans une zone à peu près safe (enfin par rapport à ce que nous avons traversé avant) et l'hypoglycémie n'est plus très loin. Le temps aussi de prendre de photos et déjà de se retourner, nous avons pris 700m sans nous retourner et le spectacle est splendide !
Bassin supérieur de l'Engilcheck

Henri

Max

Xavier
A l'issue de cette pause nous inversons l'ordre de progression, je prend le lead tandis que Max clos la marche. Nous allons arriver au passage dis de la "bouteille", une étroiture exposée aux chutes de pierres où il faudra encore cavaler. Un passage raide est équipé d'une corde fixe, on sort le jumar, à cet altitude avec un gros sac cela représente un bel effort.

Sortie de la "bouteille", on peut enfin se poser sereinement


Le camp 2 est en vue tout comme le KT sous un très bel angle. Il reste néanmoins une dernière raideur que j'imagine laborieuse. Elle doit faire 60m tout au plus, la neige commence à transformer sérieusement et à enfoncer et nous sommes à 5200m. J'ai cru crever à remonter cette pente qui a du prendre une heure. Arrivés au camp nous constatons que nous avons suivi une trace de descente et qu'une trace de montée plus longue mais en pente beaucoup plus douce contournais la raideur par la gauche, tans pis, maintenant nous y sommes, affalé dans la neige sur nos sacs.
Le KT depuis le camp 2
Contents d'être arrivé !
Après une arrivé ou je n'étais pas au top, le déjeuner et surtout la réhydratation m'ont requinqué, Max a étonnamment suivi le chemin inverse, arrivé correct il ne mangera pas le soir.


samedi 25 juillet 2015

25/07/2015 - Départ pour le camp 1

C'est aujourd'hui le grand départ, nous partons donc pour cinq ou six jours avec à la clef, on l'espère, le sommet entre le 29 et le 31. Hier deux espagnols croisés au camp de base nous ont annoncé un changement de météo, shit ! De toute façon on va aller voir, il est grand temps de passer à l'action.

Nous empruntons donc l'itinéraire kairné par Max la veille et effectivement même si il serpente pas mal il évite les passages raides et s'avère confortable, nous joindrons le camp 1 en environ 3h, pas mal avec le chargement que nous avons, j'ai chargé mon sac comme un blaireau avec beaucoup de poids en haut et même s'il n'est pas très lourd il me déstabilise énormément. Nous arrivons vers midi, la pluie se met à tomber, on monte rapidement la tente pour se mettre à l'abris. Cette fois nous nous sommes encordés pour le passage des bédiaires, inutile de prendre des risques inutiles et nous avons le matériel, car si la corde ne nous gardera par au sec en cas de rupture du pont de neige elle devrait nous garder en vie, c'est plutôt bon à prendre !
A l'abri sous la tente au C1
Il pleut ainsi toute l'après-midi, cela se transforme même en grésil en fin d'après-midi avec le refroidissement. On commence à s’inquiéter du chargement des pentes supérieures qui dominent la montée au camp 2 que nous devons emprunter demain. Heureusement c'est plus bruyant sur la toile de tente que ce qui tombe vraiment. Le réveil est prévu pour 3h histoire de passer la zone craignos de très bonne heure.
Petite éclaircie au C1
La voie vers le camp 2
Glacier en face, en rive gauche de l'Engilcheck
Le soir nous faisons la connaissance d'Irina, une jeune russe qui attends au camp 1 ses partenaires partis en altitude. Bien contente de trouver un peu de compagnie et nous aussi, depuis Bishkek nous n'avons pour ainsi dire causé à personne. Elle parle un bon anglais et même si les sujets de conversations sont bien plats cela est très agréable.

Demain l'étape est exposée, dans l'ordre, aux avalanches, aux chutes de pierres et aux chutes de séracs. Cela fait beaucoup, avec de surcroît 1000m de D+ pour atteindre notre plus haute altitude sans acclimatation préalable. Cela ne manque pas, comme toutes les veilles de grosses courses, impossible de trouver le sommeil.



vendredi 24 juillet 2015

24/07/2015 - Repos au camp de base

Dernière journée de repos avant le grand départ. On se réveille vers 9h30 pour le désormais traditionnel porridge miel-abricot. 
Vers midi une distraction arrive sous la forme d'un MI-8 qui se pose. Comme il ne redécolle pas immédiatement comme d'habitude nous nous approchons de la bête.
MI-8 posé au camp de base
C'est assez rustique comme construction, c'est un modèle dont le développement date des années 70. Le poste de pilotage est très minimaliste, un GPS moderne a été scotché entre les pupitres du pilote et du copilote, c'est original d'autant que bossant dans l'aéronautique je suis habitué à des standards plus actuels!
Quelques réparations de fortune sont également visibles ...

Le pilote évalue le niveau de kérosène dans le réservoir du camp de base (en jaune au dessus), pas de jauges il tapote dessus et écoute, avec de l'habitude cela doit être fiable! Dernier moment de rigolade quand nous voyons le pilote faire le tour de l'hélico, pour un check pré-décollage pensons nous, que dalle c'est pour aller pisser derrière !

Le deux rotations déchargent en tout cas beaucoup de passagers. Nous apprendrons qu'il s'agit d'une expédition commémorative des 70 ans de l'ascension du Pobeda, pic de la Victoire en russe, baptisé ainsi pour fêter la victoire lors de la bataille de Stalingrad en 1943.
Le drapeau de l'expé commémorative
Nous profitons de la journée pour une dernière toilette, l'eau doit être aux alentours de 1-2°C mais en remplissant quelques bouteilles laissées au soleil quelques heures on arrive à un résultat supportable, et quel confort après !

Max entreprends de kairner un itinéraire au départ de notre tente sur le premier kilomètre qui pose tant de soucis afin d'être efficace le lendemain.

jeudi 23 juillet 2015

23/07/2015 - Portage et dépose au camp 1

Au matin de cette journée nous observons l'atterrissage d'un MI-8 qui ravitaille le camp de base et dépose de touristes. J'emploi le terme de touriste car il ne s'agit effectivement pas d'alpinistes, nous le découvrirons rapidement. Il s'agit d'un groupe de japonnais venus dormir au camp de base et marcher une après midi en direction du Pobeda, probablement la même ballade que celle que nous avons effectué la veille. C'est marrant, ils ont la vraie dégaine de touristes avec les gros appareils photos autour du cou, on se croirait en plein Paris s'il n'y avait le décors !
Arrivée d'un MI-8

Afin de reconnaître l'itinéraire jusqu'au camp 1 nous prévoyons un aller-retour à la journée. Et quitte à marcher autant porter un peu de ravitaillement, pas trop néanmoins car nous ne connaissons pas l'itinéraire et nous risquons donc de pas mal tourner. Nous emmenons donc les provisions pour cinq jours ainsi que 4L d'essence qui nous servirons également pour ces cinq jours.

Il s'avérera que la partie la plus complexe pour cheminer est le premier kilomètre en partant du camp de base. Il faut traverser une zone de moraine jusqu'à prendre pied sur la glace vive du glacier. Nous perdrons environ une heure à cheminer dans toutes les directions tout comme le groupe aperçu hier ici même. Nous passons entre autre par les vestige d'un ancien camp de base. C'est tout aussi dégueulasse que les abords du camp actuel, tout a été abandonné en place, déchet, matériaux de construction, ... il reste même une cabine de chiotte debout, c'est assez incongru au milieu de la caillasse!

Nous découvrons également les restes d'un hélico crashé il y a quelques années ici même, c'est encourageant pour le retour...

Nous traversons plein nord peu après la cabane de chiotte à la vue d'un fanion "ak-sai" sur la partie en glace vive. Nous traversons ensuite une bédiaire sur un pont de neige limite suivie d'un peu de crapahute, c'est assez acrobatique car si nous avons troqué les pompes de trek pour les pompes d'alpi nous avons néanmoins laissé les crampons au camp. On procède très précautionneusement, pas envie de se la coller dans la bédiaire car la sanction serait la même que durant le trek ... Nous croisons un groupe d'espagnols qui errent comme nous dans cette zone à la recherche d'un passage dans l'autre direction. Ils se plaignent au passage du balisage, sans blague ! il n'y a rien !

La suite déroule beaucoup plus, nous sommes sur une zone moins tourmentée et cela file.
Immensité glaciaire, à l'ouest

Immensité glaciaire, à l'est
L'arrivée au camp 1 présente une dernière difficulté, deux bédiaires à traverser. La première est la plus ardue et nécessite encore un saut relativement risqué. Cet obstacle passé nous trouvons un pont de neige sur la seconde et arrivons au C1. Après un casse-croûte mérité nous trouvons un spot de dépose que nous recouvrons de cailloux après avoir tout mis à l'abris de la pluie dans un immense sac poubelle de 200L amené par Henri. Il est 14h, il faut rentrer.
Le retour se fera en trois heures, une de moins qu'à l'aller même si nous galérerons encore aux abords du camp de base. Concernant le cheminement proche du C1 nous découvrirons lors de notre retour définitif qu'il vaut mieux longer la rive droite du glacier assez longtemps en partant du C1, les deux bédiaires problématiques disparaissent dans les profondeurs du glacier et on évite une prise de risque inutile.
Camp de base au loin

Joli lac glaciaire
Contents d'être ici !
Au retour nous repérons des traces qui nous permettraient d'éviter le passage où nous avons croisé les espagnols. En effet, deux excellents ponts de glace permettent de traverser les bédiaires en toute sécurité. La fanion de l'aller nous a induit en erreur, en plus d'être rares ils sont faux ! Arrivés à la cabane de chiotte nous aurions du continuer un petit kilomètres sur la moraine avant de prendre pied sur la glace vive.

L'après-midi s'achève à notre retour au CB, l'aller-retour au C1 est assez épuisant et traumatisant pour les pieds, 14km sur du plat en grosses cela laisse des traces. On sort l'elastoplast et les compeeds!

Jolies lumières sur le KT au soir
De retour au camp on élabore le planning, demain se sera repos et après-demain grand départ.


mercredi 22 juillet 2015

22/07/2015 - Repos au camp de base

Ce matin c'est donc repos, et réveil à 9h30.
Le camp de base, vue depuis notre bivouac
On fait un rapide inventaire des provisions récupérées dans le fret et Max se lance dans la préparation d'un excellent porridge miel-abricot. J'avais déjà pu observer ses dons de cuisinier en situation de cuisine minimaliste mais c'est toujours impressionnant et agréable !
La journée est définitivement placée sous le signe du repos et nous embrayons sur une sieste avant de se relever vers 13h pour préparer le déjeuner.
Nous ouvrons une conserve de viande avec le souvenir du pâté de foie encore à l'esprit et tombons finalement sur une excellente surprise. La boite s'avère être un ragoût de bœuf bien assaisonné. Agrémenté de patates et de carottes cela nous procure un excellent déjeuner. Après le repos cette journée est aussi placé sous le signe de la gastronomie décidément !

Après une nouvelle sieste nous entreprenons une rapide reconnaissance du début du glacier menant au Pobeda. En effet il va être temps de penser à l'acclimatation et le pic 4900 que nous envisagions est en fait loin derrière nous. Il aurait été accessible il y a un jour et demi mais nous n'avions pas le matos d'alpi. Nous repérons sur la carte trois vallées qui affluent en rive droite du glacier qui mène au Pobeda. La seconde semble accessible à la lecture des lignes de niveau, nous allons donc remonter le glacier pour avoir un visuel sur ces vallées et envisager une ou plusieurs courses d'acclimatation.
Glacier menant au Pobeda
L'itinéraire est kairné et nous progressons facilement durant une petite heure. La marche sans le sac de 20kg est beaucoup plus relaxante ! La mauvaise nouvelle c'est que les lignes de niveau étaient vraisemblablement fausses, les trois vallées s'élèvent d'abord assez peu avant de buter sur des murailles. De surcroît la partie de faible déclivité qui nous permettrait de gagner quelques centaines de mètres est exposée à divers projectiles, cailloux, sérac, ...
Nous pouvons néanmoins nous faire une idée sur le début de l'ascension du Pobeda. La liaison au camp 1 semble relativement aisée bien que nécessitant probablement de nombreux détours pour contourner les crevasses, quant à la suite c'est une autre paire de manches ! Une rampe en ascendance main droite mène à un col au pied du pilier menant au Pobeda ouest. L'accès à cette rampe semble déjà problématique, il est bien défendu par des séracs et l'installation de cordes fixes voir d'échelles est probablement nécessaire. La camp 2 est ensuite probablement au col avant d'attaquer le pilier qui ne semble lui non plus pas très accueillant. Enfin l'arête terminale est interminable elle part du Pobeda ouest vers le sommet principal, peu de dénivelé, environ 400m mais entre 7000 et  7400m, et par contre une longueur impressionnante. Elle est de réputation très exposé au vents venant du sud, le Pobeda étant la première barrière montagneuse de ce coté. J'avais lu dans un article une citation d'un alpiniste russe parlant de "l'enfer sur terre", connaissant la réputation de robustesse des russes en alpi cela ne peut qu'inspirer le respect. 
Il semble par ailleurs dur de trouver un créneau météo, de tout le temps où nous sommes restés soit le sommet était bouché, soit les nuages défilait tellement vite que nous pouvions imaginer le terrible vent qui régnait là-haut. 
De retour au camp de base pour le dîner et rapidement se mettre au lit. J'ai l'impression que l'acclimatation à elle seule consomme beaucoup d'énergie, nous dormons énormément sans pourtant avoir fait d'effort aujourd'hui. En tout cas j'ai de l'appétit, c'est bon signe, et tout ce temps passé à dormir sera appréciable pour les journées d'attente à venir.